Les pensées

Assise dans mon canapé j’ai repensé à ceci. Pourquoi…aucune idée.

– T’es trop bonne Kim

– Euh…t’as envie de perdre tes dents?

-Non, j’veux dire t’es trop bonne genre t’es trop gentille. Trop bonne, trop conne

-Mais donc t’as vraiment envie de passer le restant de ta vie à bouffer avec une paille?

Je parle aux pauvres. Du moins à ceux qui vivent dans la rue. À ceux qui tiennent dans leur main une pancarte annotée ‘jé fain’ ou un gobelet Exki couleur cramoisie. Être pauvre et être méchant ce n’est pas pareil. Je connais pas mal de bien nantis qui sont de vraies pourritures.

Parfois je leur donne une pièce mais c’est rare. Je préfère leur parler ou leur offrir à manger. On m’a toujours dis que le plus fatal des coups à porter à quelqu’un c’est de l’ignorer. Moi je leur parle. Peut-être parce que si ça devait être moi à leur place j’aimerai que quelqu’un me demande si ça va, comment je m’appelle, si ça me dit un café – oui ça me dit, merci.

Vers l’âge de 6 ans mes parents m’ont fait comprendre que j’avais beaucoup de peluches. Beaucoup trop. Que tous les enfants n’avaient pas ma chance et que j’étais assez grande maintenant pour bien choisir celles que je voulais garder et celles que j’allais donner. DONNER. Comme ça, sans rien en retour. Sans raison et comme si je le voulais vraiment. Faux, absolument faux, je ne le voulais pas et ça m’a arraché le coeur (rien que ça). Je l’ai quand même fais. J’ai dis au revoir à certaines peluches, leur promettant de ne jamais les oublier. Et puis j’ai un peu pleuré.
Par la suite, la bonne soeur qui a réceptionné les dons est venue vers moi me dire "c’est très généreux ce que tu as fais. Grâce à toi, de nombreux enfants vont pouvoir jouer et sourire à leur tour". Moi j’ai fais ça, vraiment? J’étais incapable de mettre un nom sur ce que j’ai alors ressenti pour réaliser bien plus tard que c’est ce qu’on appelle la fierté au sens d’être content de soi. Et surtout je me sentais bien d’avoir fais "quelque chose de bien".

À 12 ans j’exposais ma grande théorie révolutionnaire à mes parents: si on retapait les deux immeubles abandonnés près de chez nous, on pourrait y loger des pauvres. Je suis sure que tout le monde sait faire quelque chose dans la vie: repasser, coudre, réparer des voitures, parler espagnol,…et tout le monde apprendrait des autres et puis ils trouveraient un travail, une maison, un poisson rouge…et voilà! La magie de l’enfance réside en partie dans le fantasme selon lequel il n’y a pas de réelle contrainte. Aucun problème, uniquement des solutions. Il n’y a qu’à. "Tu es trop gentille ma puce. Et tu es triste parce que tu réalises qu’il y a peu de monde qui pense comme toi" m’a alors dit papa.

Aujourd’hui j’ai un blog. Trois fois rien. Un truc comme ça pour moi et pour ceux qui auront envie de le lire. Un blog gourmand sur ma ville que j’aime tant. Manger devrait être un plaisir mais c’est avant tout une nécessité et pour beaucoup c’est une souffrance, un combat. Quand je leur propose un sandwich je sais très bien que ça ne réglera pas leurs problèmes et quand je leur propose de finir mon paquet de frites j’ai toujours la crainte qu’ils s’imaginent que je les prends pour des poubelles. Alors je m’y risque quand même, je leur parle. Je leur pose la question "ça vous dit?" Vous seriez étonné de ce qu’on peut apprendre des gens quand on se donne la peine de leur adresser la parole et surtout de la leur donner. Parler est un besoin, écouter est un art*. Je repense à cet homme près de l’Albertine un soir d’hiver dernier. C’est le soir, il fait froid. Je m’approche de lui et lui donne 20 pauvres cents que j’ai en poche. Navrée je lui dis que je n’ai rien de plus ce à quoi il me répond "c’est rien, en m’adressant la parole tu as la dignité et tu m’offres le respect". J’ai appris ce soir là que s’il avait la jambe dans le plâtre c’est parce que épuisé d’avoir veillé sur ces quelques affaires de peur qu’on ne les lui vole pendant son sommeil il avait fini par s’endormir. C’est alors qu’une bande s’en est prise à lui, lui brisant la jambe. Je ne l’ai plus revu depuis. Mais j’en vois tellement d’autres chaque jour.

Je parle aux pauvres et parfois je leur propose à manger. Je ne pense  être ni trop bonne ni trop conne. Je suis juste comme ça.

*Wolfgang Goethe


2 thoughts on “Les pensées

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